TRAVERSE

Nicolas Fayol

LA LUMIÈRE TOMBE AUTREMENT (titre provisoire)

Nicolas Fayol

Résidence de recherche et de création

En partenariat avec la commune de Campan

 

Distribution:

Olivier Normand -chant

Sabienka Bencsik -chant

Mathilde Lin -danse

Kerem Gelebek -danse

Violette Graveline -scénographie

Abigail Fowler -lumière

Nicolas Fayol -chorégraphe

 

Elise Rémy -administration/production

Mélanie Garrabos -production/diffusion

Pierre Pontvianne -écoute extérieure

 

Note d’intention :

Une danseuse et un danseur ferment les yeux

Un chanteur et une chanteuse les guident à la voix

Labyrinthe sonore

Le terrain est accidenté

Il y a des choses à déplacer, à déplier, à équilibrer

Un espace à construire

Un chemin à ouvrir

Il y a une danse à retrouver, des unissons aveugles à élaborer

Un radeau de gestes

Il y a un chant – guide à inventer

Une corde tissée de voix à laquelle on s’agrippe

Danseur et danseuse s’accompagnent les yeux fermés

Faisant face aussi bien à ce qui se passe derrière leurs paupières

Labyrinthe mental

Qu’à l’espace tangible qui se construit sous leurs paupières closes

Un phare

Les voix de la chanteuse et du chanteur leur indiquent le chemin

Soufflent dans leurs paupières gonflées d’imaginaires

Un vent qui les pousse au pied de cette

Tour de lumière

Mais quoi donc le danseur et la danseuse voient-iels les yeux fermés ?

En fermant les yeux, dans quel monde nous invitent-iels?

Comment se représentent-iels ce qu’iels entendent ?

Note d’intuition :

Exercice et moyen premier pour se connecter aux sensations fines et aux petits signaux

que les corps émettent, la contrainte des yeux fermés ne sort que très rarement des

studios.

Ainsi coupé de la lumière, nos oreilles, nos peaux et nos imaginaires s’étendent, occupent

le terrain de la vue, recomposent l’espace, nous renseignent sur le proche et le lointain.

En cessant de voir, nous avons l’impression de ne plus être vu et pouvons sortir du devoir

de représentation.

Ce sera la première fois que je chorégraphie sans être sur scène. Et il semble que pour

justifier cette place extérieure, je demande à ceux qui restent à l’intérieur de fermer les

yeux. Une manière de prendre complètement en charge le regard. Une manière de me

dire à moi-même : dedans on sent, dehors on regarde.

J’ai envie que la contrainte des yeux fermés soit associée à une tache très technique à

accomplir. Comme : trouver des éléments disséminés sur le plateau, les rassembler, puis

les assembler, les faire tenir ensemble.

N’est-ce pas périlleux de voir être accomplie la moindre tâche en étant privé du regard ?

Que ceux qui ferment les yeux nous renseignent sur quelque chose que ceux qui les

ouvrent ne vois pas.

parfois on ferme les yeux pour sentir, comme si voir affaiblissait le toucher

parfois on ferme les yeux pour se retrouver, comme si voir nous donnait une

information superficielle qui cacherait une information essentielle

parfois on ferme les yeux pour se concentrer, comme si

l’on devait se couper de l’image du monde pour mieux pouvoir y agir

parfois on ferme les yeux pour ne pas voir,

comme si l’image d’une chose attestait son existence

parfois on ferme les yeux pour mieux goûter comme si notre bouche pouvait s’en

agrandir parfois on ferme les yeux quand on prend quelqu’un dans ses bras

parfois on ferme les yeux quand on a du plaisir

parfois on ferme les yeux pour mieux les ouvrir ensuite

parfois on ferme les yeux pour acquiescer

parfois on ferme les yeux pour écouter

parfois on ferme les yeux parce qu’on a peur

parfois on ferme les yeux pour ne pas être vu.e

parfois les yeux nous empêchent de voir